Méthodes de production

Une culture agricole à part entière

 

Autrefois le sapin de Noël était installé dans les chaumières suite à la cueillette plus ou moins sauvage dans les forêts. L’augmentation de la demande et des exigences des consommateurs en matière d’esthétisme a fait que le sapin de Noël est maintenu devenue une véritable culture.
Aujourd’hui le sapin de Noël est une culture agricole à part entière dont les méthodes de production se rapproche fortement de celles de la vigne ou des petits fruits comme le cassis.

 

 

L’emplacement

 

La première étape d’une plantation d’arbres de Noël passe d’abord par le choix judicieux d’une parcelle qui réunit toutes les conditions nécessaires à une croissance optimale des arbres, c’est-à-dire une profondeur de sol suffisante, un sol pas trop compacté où l’eau ne stagne pas, où les conditions climatiques citées plus haut sont respectées. De ce fait, on choisira de préférence une plantation sur la face nord, souvent plus froide et humide et dont le sol contient plus de matières organiques. Le site sera toutefois à l’abri des dommages de gel et bénéficiera d’un micro-climat particulier.
Il faudra dès la plantation se demander si la topographie ne risque pas de restreindre l’utilisation de la mécanisation et si l’accès au site est possible, cela ayant son importance quand viendra le temps de la récolte.

 

 

La préparation du sol

 

Le degré de préparation du site dépend des conditions de la parcelle à savoir s’il s’agit d’une ancienne forêt, de friches ou de prairies. La plantation à la machine requière une préparation du site plus intense que si la plantation s’effectue à la main. La préparation du sol se fera à la pelle mécanique ou au bulldozer afin d’éliminer les cailloux, les souches et les racines et pour aplanir le terrain. Le passage d’un rotavator puissant permet de détruire la végétation existante (fougère, callune, genêts…).
Les autres engins agricoles utilisés sont le girobroyeur, le cover-crop ou la charrue. Si les risques d’érosion des sols ou de compactions sont probables, les pratiques de préparation seront moins intensives. Un sous-solage peut être pratiqué au besoin pour décompacter en profondeur dans le cas d’une plantation dans une terre agricole où il s’est créé une semelle de labour (cultures) ou un tassement très important (prairies).

 

 

La plantation

 

Dans la majeure partie des cas, la technique employée est celle de la plantation de plants repiqués. Les plants utilisés sont âgés de quatre ans. Ils doivent présenter les qualités des futurs arbres, on prendra donc des plants bien fournis, bien verts, pas trop grands, ni trop chétifs. Afin d’éviter les problèmes de gel, on cherchera des plants ayant un débourrage plutôt tardif. La qualité du plant sera également un élément déterminant dans sa capacité à résister aux parasites et aux maladies. La plantation se fait la plupart du temps à la machine sur de grandes surfaces et quand le terrain n’est pas trop accidenté. Elle a lieu généralement au printemps (mars-avril) mais également se faire en septembre.
On ne plantera pas si les sols sont trop secs, trop humides ou quand il gèle. Les jeunes arbres sont plantés en ligne afin de faciliter les pratiques culturales et en particulier le fauchage, sans quoi les plants risqueraient d’être endommagés ou détruits par la machine. La densité de plantation est très variable, elle dépend de l’essence cultivée, de la taille attendue à la récolte, des habitudes locales, de la qualité voulue, de la nature des entretiens souhaités. La densité courante est de 8 000 plants/ha (elle peut varier de 6 000 à 10 000 plants/ha selon la qualité de production qu’on souhaite obtenir et l’espèce d’arbre).

 

 

L’entretien

 

Souvent, outre le choix de la station, l’entretien va conditionner la réussite ou l’échec de la plantation. Le contrôle des mauvaises herbes est une des opérations les plus importantes pour obtenir des arbres de Noël de haute qualité. En effet, sans entretien, les jeunes sapins ne peuvent se développer correctement. Les mauvaises herbes « gainent » le jeune plant, le forçant à se développer en hauteur pour atteindre la lumière plutôt qu’en largeur, de plus cette végétation herbacée exerce une compétition vis à vis des jeunes arbres en terme d’accès aux éléments nutritifs. Pour éliminer ou limiter la pousse des adventices, on peut avoir recours à une fauche mécanique, du pâturage, du paillage, du désherbage mécanique ou chimique. C’est cette dernière solution qui est la plus pratiquée même si de nouvelles pratiques culturales alternatives se mettent en place (cf. Chapitre Sapins et Environnement).
Les plantations de sapins de Noël sont susceptibles d’être attaquées par un certain nombre de parasites comme des pucerons, des charançons, des acariens…
Des champignons pathogènes endommagent également parfois les sapins, en particulier lors de périodes chaudes et pluvieuses. On utilise alors de façon raisonnée des insecticides ou des fongicides, ou bien on laisse faire la nature en privilégiant la lutte biologique.
Les sapins de Noël peuvent encore être victimes de dégâts par le gibier, en particulier les abroutissements et frottis du chevreuil.
La taille des sapins de Noël est de plus en plus pratiquée. Elle vise à régulariser la flèche du sapin, à provoquer un épaississement des arbres, à obtenir une forme pyramidale parfaite, à moduler la croissance…
Les opérations de taille peuvent se dérouler toute l’année mais une préférence est donnée à la mi-juillet car les rameaux ont terminés leur croissance mais restent souples et donc faciles à tailler au sécateur ou au couteau de taille (sorte de sabre).

 

 

Récolte et le conditionnement

 

En septembre, un marquage des sapins avec des bracelets en plastiques ou en cartons colorés est effectué, en présence ou non des acheteurs, suivant les différentes tailles et catégories de choix. À la suite de la réception des commandes fermes, les sapins sont sectionnés à ras de terre grâce à une débroussailleuse à disque. La récolte s’effectue de la mi-novembre à la mi-décembre. Une fois le sapin coupé, le pied est formé à l’aide d’un gros taille-crayon activé par la prise de force d’un tracteur afin de l’amener à un diamètre de 50 mm. Il est ensuite enfiché dans un socle de bouleau fendu. Le sapin est ensuite passé dans un cornet de métal galvanisé à l’intérieur duquel on le recouvre d’un filet qui plaque les branches vers le haut. Ce dispositif permet un gain de place et évite la casse des branches. Les sapins seront mis en palette et expédiés par camion vers les lieux de vente.

 

 

Les conditions optimales de croissance

 

Pour obtenir un arbre touffu, il faut un faible écartement entre les couronnes de branches (verticilles). Pour ce faire, les sapins de Noël sont installés sur des terrains peu fertiles. Il ne faut toutefois pas tomber dans l’effet inverse car des sols carencés peuvent être à l’origine de jaunissement des aiguilles et d’une sensibilité accrue à des attaques variées.
La très grande majorité des conifères sont calcifuges, c’est à dire qu’ils n’aiment pas le calcaire. C’est pour cette raison que les cultures de sapins de Noël en France sont localisées principalement dans le Morvan, la Bretagne, le Limousin, et les Alpes à savoir des massifs granitiques. Parfois, les sols sont trop acides.
(Le sapin de Nordmann a un préférendum de pH de 6).
L’acidité rend les éléments essentiels moins disponibles aux plantes.
C’est le cas des éléments majeurs comme l’azote, le phosphore, le potassium, le calcium et le magnésium. Elle rend également plus accessibles les éléments mineurs toxiques comme l’aluminium et le manganèse qui sont absorbés involontairement par la plante.
L’application de chaux agricole est réaliser afin de corriger l’acidité du sol.
Les sapins de Noël sont fertilisés avec des engrais, de plus en plus souvent organiques.
Cette fertilisation de la culture tient compte de nombreux paramètres comme la nature du sol, le stade de croissance des arbres…
Elle est pilotée grâce à des analyses de sols et d’aiguilles.
D’une façon générale, la plupart des essences cultivées comme arbres de Noël préfèrent une bonne humidité atmosphérique et de copieuses précipitations.
Peu d’espèces craignent les grands froids mais certains sont plus sensibles aux gelées tardives pouvant survenir jusqu’en mai, parfois juin, et ceci préférentiellement dans les fonds de vallées, les flancs de coteaux.
Parmi les espèces sensibles, on peut citer le sapin pectiné et le sapin de Vancouver tandis que l’épicéa commun et le sapin de Nordmann sont plus résistants du fait d’un débourrement tardif. Le gel peut être un facteur limitant de la croissance annuelle et influencer la qualité du port de l’arbre, c’est pourquoi le producteur de sapins de Noël choisit aussi les provenances de ses arbres
en fonction des caractéristiques du lieu de plantation.
L’exposition des plantations ne devra pas se faire au sud afin d’éviter les effets desséchants.
Les vents de printemps appelés « hâles de mars », de secteur nord-est, peuvent également avoir un effet desséchant dangereux pour les jeunes plantations.